Nous n’avons jamais été aussi près de la prochaine crise financière. Le but de cet article n’est pas de vous effrayer, mais d’anticiper et de savoir comment vous y préparer au mieux, en particulier dans la chaîne d’approvisionnement.
Pourquoi sommes-nous si proches d’une nouvelle crise financière ?
En jetant un œil sur les six dernières décennies, le constat ne laisse pas de place au doute : neuf crises économiques majeures se sont succédé, soit une moyenne d’une tous les sept ans. Les crises financières suivent un rythme qui semble immuable, fait d’expansions et de contractions. La dernière en date, celle des subprimes, a frappé en 2008-2009.
Détail à ne pas négliger : cela fait onze ans (2008-2019) que nous n’avons pas connu de crise majeure, bien au-delà de la cadence habituelle. L’évidence s’impose : le prochain choc se rapproche inexorablement.
Les signaux d’alerte, même discrets, sont partout pour qui sait les repérer :
- Taux d’intérêt durablement bas
- Liquidités abondantes sur les marchés
- Niveaux d’endettement record en Europe et aux États-Unis, aussi bien pour les États que pour les ménages et les entreprises
- Déréglementation bancaire grandissante outre-Atlantique
- Tensions persistantes sur le Vieux Continent
- Essoufflement économique observable en Chine
- Inflation des prix des biens de consommation
Prédire quand la tempête éclatera, dans un an, deux ou trois, relève de la roulette russe. S’y préparer, en revanche, ne relève pas du hasard.
Warren Buffett, à la tête d’une fortune colossale, n’agit pas autrement : il garde sous le coude près de 100 milliards de dollars, prêt à investir lorsque l’économie flanchera. Il a déjà profité des crises passées, des subprimes à l’explosion de la bulle Internet. Ce n’est pas un hasard si de nombreuses entreprises ont renforcé leurs réserves, attendant que les prix s’effondrent pour passer à l’offensive.
Que se passera-t-il en particulier pendant la crise ?
Pour ceux qui opèrent dans la chaîne d’approvisionnement, la gestion des stocks ou la finance d’entreprise, le scénario est bien rodé : la demande s’effondre, la peur s’installe, les carnets de commandes se vident.
Les ménages, puis les entreprises, ferment le robinet de la dépense. Trop de produits restent sur les bras, les stocks gonflent, obligeant les entreprises à brader leurs prix, ce qui grignote les marges. Parallèlement, le crédit se raréfie : les banques, moins liquides, relèvent leurs taux. Résultat : les difficultés de trésorerie s’accumulent, les investissements s’assèchent, le cercle vicieux se referme. Moins d’investissements en marketing, en innovation, moins de demande, et la spirale descendante s’accélère. Voilà ce qu’on appelle l’effet boule de neige.
Mauvaise gestion des stocks en cas de crise
Le schéma classique de la mauvaise gestion des stocks en période de crise est tristement prévisible. Les ventes dégringolent, la réaction tarde, et les entrepôts débordent pour des mois, sinon des années. Pire : dès que l’activité reprend, la chaîne met du temps à s’ajuster, provoquant des ruptures de stock.
Le graphique ci-dessus en témoigne : l’excédent de stock, déjà présent avant la crise, explose lorsque la demande s’effondre, de 20, 30, voire 50 %. Vider ces stocks peut prendre une éternité. Et dès que le marché repart, le manque de réactivité provoque des pénuries.
Un exemple concret : le marché automobile américain.
Regardez la courbe des ventes de voitures aux États-Unis : avant 2008, près de 17 millions de véhicules écoulés chaque année. Avec la crise, ce chiffre tombe à 8 millions, la moitié. Les parkings regorgent de voitures invendues, les prix plongent, et la spirale infernale se relance.
Comment préparer la gestion de vos stocks à la crise en 3 étapes ?
Actuellement, tout le monde cherche à mettre de côté, anticipant des temps plus durs. L’enjeu : optimiser les flux de trésorerie avant que l’activité ne fléchisse. Une entreprise qui tient la barre avant la tempête tiendra mieux pendant la tourmente.
Le schéma à suivre s’articule autour de trois grandes phases :
- Avant la crise : préparer le terrain, réduire au maximum les stocks et s’assurer d’une gestion financière solide.
- Pendant la crise : ajuster rapidement l’offre à la demande, réagir sans délai pour éviter les écarts dévastateurs.
- Après la crise : accélérer la reprise plus vite que les concurrents, répondre sans attendre au retour de la demande.
Une bonne gestion des stocks en cas de crise en 3 étapes
1. Avant la crise : réduire vos stocks efficacement
Voici les leviers à activer pour traverser la tempête sans sombrer :
- Évaluez vos performances avec des indicateurs précis et des objectifs concrets (consultez notre article sur les 10 indicateurs clés de la supply chain).
- Structurez votre inventaire selon les risques (classement ABC XYZ par exemple) pour mieux piloter vos priorités.
- Faites le tri dans vos références : sortez du circuit les produits obsolètes ou inactifs, cela libérera de la trésorerie.
- Rationalisez votre catalogue : réduisez le nombre de références et concentrez-vous sur les produits essentiels.
- Privilégiez l’approche coût total : parfois, raccourcir vos délais d’approvisionnement, même à un tarif légèrement supérieur, améliore la trésorerie et diminue les risques de surstock.
- Renforcez votre agilité : des délais de paiement et de livraison plus courts vous permettront de mieux coller à l’évolution de la demande.
- Restez vigilant sur les signaux du marché : ajustez régulièrement vos prévisions de ventes et vos achats pour ne pas vous laisser surprendre.
2. Pendant la crise : agir vite et avec discernement
Les priorités sont claires durant cette période :
- Réduisez vos consommables sans tarder pour limiter les sorties de trésorerie.
- Adaptez vos prix selon l’évolution du marché afin de limiter la chute des ventes.
- Révisez fréquemment vos prévisions de ventes, mais sans y consacrer tout votre temps au détriment de l’action concrète.
- Continuez d’investir sur vos produits phares : vos meilleures ventes (codes A et B) doivent rester prioritaires (cf. notre article sur le classement ABC).
- Analysez la composition de votre offre : en temps de crise, la demande se déplace souvent vers des produits plus accessibles ou des services de maintenance. Exemple frappant : Renault, lors du choc de 2008-2012, a vu la Twingo détrôner les SUV, et les consommateurs garder leur véhicule plus longtemps au lieu de le renouveler.
3. Après la crise : redémarrer plus vite que les autres
Pour ne pas rater la reprise, plusieurs réflexes à adopter :
- Actualisez vos prévisions dès les premiers signes positifs.
- Livrez vos clients rapidement : beaucoup d’entreprises tardent à réagir, faute de ressources, et laissent filer des parts de marché.
- Investissez de nouveau : innovez, renouvelez vos stocks, modernisez vos outils, tout cela avant que la concurrence n’ait le temps de se réorganiser.
- Poursuivez une gestion rigoureuse des stocks même lorsque l’activité repart, pour éviter de retomber dans les mêmes travers.
Le but ? Approcher au plus près l’adéquation entre stock et demande. La perfection n’existe pas, mais en appliquant ces principes, vous vous en approcherez sérieusement.
Opportunités pendant la crise
Il ne faut pas perdre de vue que les secousses économiques ouvrent aussi la porte à de nouvelles perspectives :
- Le repli sur les produits d’entrée de gamme s’accentue, offrant des relais de croissance sur ces segments.
- Moins d’investissements engendrent une demande accrue de maintenance.
- Baisse de la rentabilité et des flux de trésorerie : la concurrence s’amenuise, les places se libèrent.
- Un environnement assaini permet parfois de dénicher et d’attirer de nouveaux talents.
Warren Buffett n’a pas hésité à saisir ces opportunités pour renforcer son empire, rachetant à vil prix des sociétés en difficulté et profitant de la baisse généralisée des valorisations.
Plan d’action : réduisez vos stocks avant la crise
Voici les actions concrètes à engager pour préparer votre entreprise :
- Analysez les crises précédentes dès que vous avez accès aux données : cela éclaire les choix de produits et dévoile des opportunités parfois insoupçonnées.
- Visez une réduction de 10 à 20 % de vos stocks à risque, ou de l’ensemble de vos inventaires, si possible.
- Augmentez la flexibilité, tant sur la production que sur l’adaptation de l’offre à la demande réelle.
- Raccourcissez vos délais de paiement pour renforcer votre trésorerie.
- Définissez trois priorités simples, mais incontournables pour toute l’équipe.
- Sensibilisez l’ensemble des services : la robustesse de la chaîne dépend de la mobilisation de tous.
Prévoir la crise, ce n’est pas jouer à se faire peur. C’est, au contraire, l’occasion de transformer l’incertitude en levier d’agilité et d’innovation. Les entreprises qui anticipent n’en ressortent pas seulement indemnes : elles prennent souvent une longueur d’avance.









